Terra Incognita - Partie 1/10
TW 🔞 Réservé aux adultes – contient des scènes explicites.
Partie 1
Ça fait combien de fois qu'on part en vacances ensemble ? Je serais incapable de le dire. Il y a bien longtemps qu'on a arrêté de compter. Ce qui était autrefois une aventure de couple, un départ chargé d'excitation où tout semblait possible, s'est doucement transformé en une habitude estivale. Dix jours chaque été, loin de chez nous, seuls... mais à deux.
Cette année, c'est la Corse.
Les trois premiers jours ont tous eu la même allure : promenade le matin, restaurant le midi, sieste puis plage l'après-midi, dîner devant la télévision et soirée à faire défiler les réseaux sociaux jusqu'à ce que nos paupières deviennent trop lourdes pour rester ouvertes. Non pas que ce soit désagréable. Les paysages sont à couper le souffle, les restaurants délicieux, les heures passées sur le sable profondément relaxantes, et ces soirées dans notre Airbnb, loin du travail et des contraintes du quotidien, ont quelque chose de réparateur. Pourtant, malgré tout cela, je ne peux pas m'empêcher de sentir qu'il manque quelque chose.
En me réveillant ce matin-là, je tends instinctivement la main vers l'autre côté du lit et ne trouve qu'un drap froid.
Tim est déjà levé.
J'attrape mon téléphone.
Sept heures.
Ça ne m'étonne même pas. Il a toujours été matinal, alors que moi, je pourrais dormir jusqu'à midi sans le moindre effort.
Le regard perdu au plafond, je repense à notre toute première escapade en Corse, dix ans plus tôt. On avait fait le tour de l'île en moto, changeant de logement presque chaque soir, roulant sans véritable itinéraire, s'arrêtant dès qu'un paysage nous donnait envie de poser les valises. On avait dix ans de moins, mais surtout cette fougue qui n'existe qu'au début des histoires. Cette sensation de découvrir l'autre à chaque instant, de le dévorer du regard dès qu'il apparaissait dans l'encadrement d'une porte, de chercher le moindre prétexte pour le toucher, de s'envoyer des messages torrides au beau milieu de la journée, de faire l'amour trois fois par jour sans même se demander si l'envie était là.
Pourquoi tout cela disparaît-il avec le temps ? Est-ce une fatalité ? Sommes-nous tous condamnés à voir cette flamme s'éteindre peu à peu ? Quand je parle de flamme, je sais bien que le mot ne veut pas dire grand-chose. Et en même temps, tout le monde comprend. Je parle bien de cette envie de se sauter dessus qui nous dévore le bide. Cette impression que le désir trouve toujours un chemin.
Aujourd'hui, on ne relève même plus les yeux de nos téléphones lorsque l'autre traverse la pièce. Les seuls messages qu'on s'envoie c’est : Tu pourras racheter des yaourts ? plutôt que : Déshabille-toi et attend moi nue sur le lit, j’arrive dans 5min.
Je soupire.
Depuis plusieurs semaines, il m'arrive de repenser à un collègue de travail. Il ne s'est jamais rien passé entre nous, rien de concret, mais j'ai senti cette étincelle que je croyais disparue. Quelques regards qui s'attardaient un peu trop longtemps, des plaisanteries qui me faisaient sourire toute la journée, ce léger trouble lorsqu'il s'approchait de moi... Je n'ai jamais franchi la moindre limite. J'aime profondément Tim, je n'en ai jamais douté. Et c'est justement ce qui me trouble : je suis encore capable de ressentir cette excitation du début. Je regrette seulement de ne plus la ressentir avec l'homme que j'aime.
Je repousse la couverture, m'assois au bord du lit et prends une décision.
Et si on essayait de recréer, tous les deux, cette magie des premiers jours ?
Il nous reste encore une semaine de vacances. Sept jours. Sept jours pour fabriquer des souvenirs qui ne ressembleront pas aux précédents. Je veux revoir les yeux de Tim briller lorsqu'il me regarde. Je veux des dîners où l'on oubliera nos téléphones parce qu'on sera trop occupés à se dévorer des yeux. Je veux retrouver cette passion que je refuse de croire définitivement perdue.
Ça ne peut pas disparaître pour toujours. C'est impossible.
Je me lève silencieusement, fouille dans ma valise et retrouve une nuisette en dentelle que j'avais glissée presque par automatisme, en imaginant vaguement qu'une soirée pourrait être un peu plus... mouvementée que les autres. Je l'enfile, passe rapidement une brosse dans mes cheveux, je me brosse les dents, j’ajoute une pointe de mascara, un peu de couleur sur mes joues. Juste assez pour donner l'illusion d'une beauté naturelle, comme si je m'étais réveillée ainsi.
J'ouvre doucement la porte de la chambre, traverse le couloir menant au salon et m'arrête devant la dernière porte.
Mon imagination s'emballe.
Je pourrais entrer en lançant un simple : « Surprise ! », avant de m'approcher de lui avec un sourire malicieux. Ou alors sortir mon téléphone, lancer une musique de strip-tease et laisser tomber ma nuisette après quelques pas, pour arriver complètement nue devant lui.
Je souris toute seule.
Non.
Beaucoup trop pour une première fois.
Je choisis une version plus douce. Je vais entrer en prenant cet air faussement innocent qu'il adore, puis je lui dirais « Bonjour mon amour... Le petit-déjeuner est prêt. Il est juste devant ton nez. » Et là, je laisserai glisser ma nuisette à mes pieds.
Mon cœur bat un peu plus vite. Malgré nos dix années ensemble, je ne suis pas du genre à faire ce genre de surprise. Notre sexualité a toujours été tendre, rassurante, presque ritualisée. Le sexe, c'est le soir, dans le lit, souvent en cuillère ou en missionnaire. Chacun trouve son plaisir, c'est agréable, sincère même... mais plus rien n'y est vraiment inattendu.
Aujourd'hui, j'ai décidé que les choses allaient changer.
J'inspire profondément, pose la main sur la poignée, ouvre la porte d'un geste décidé et lance :
— Bonjour mon a...
Le mot reste suspendu dans ma gorge.
Tim est assis sur le canapé. Son caleçon est baissé jusqu'à ses chevilles. Entre ses mains, son sexe dressé. Sur son ordinateur, un film pornographique défile en plein écran.
Disponible dès lundi 27 Juillet 2026