Journal de Shibari - 27/05/26

Aperçu

Deuxième fois ensemble. C’est forcément moins de questionnements et moins d’appréhension. Je n’en avais déjà pas beaucoup la première fois que je suis venue, cette fois je m’y rends encore plus légère.

Il fait chaud. Nous sommes fin mai et pourtant c’est déjà la canicule. Cela fait plusieurs jours que le thermomètre dépasse les 35 degrés. J’arrive chez ce Monsieur incroyable qui sait jouer avec les cordes (et pas que) : Hilldred.(Retrouvez son compte Instagram ici).

Bonheur, il y a la clim, il fait bon chez lui. On boit un rafraîchissement, on papote, et déjà l’impatience monte.

Vite, on y va !?

Où ça ?

Dans les cordes.

Nous commençons toujours debout et quelque chose d’assez extraordinaire se produit à chaque fois. Quelque chose qui me fait penser que je suis faite pour ça.

J’opte pour une tenue de midinette, un ensemble à fleurs et des chaussettes hautes. Et je l’attends au milieu du tatami. Comme un rituel, il tire les rideaux noirs qui entourent la structure en bambou, installe quelques paravents, vérifie son matériel photo. Et moi, je reste bien sagement dans cette attente agréable.

J’attends mon heure.

Notre première session sera au sol, une entrée en matière qui nous va bien (parce que oui, nous n’allons pas nous contenter d’un seul round). Nous commençons toujours debout et quelque chose d’assez extraordinaire se produit à chaque fois. Quelque chose qui me fait penser que je suis faite pour ça.

Du moment où les cordes me touchent, je pars.

Je décroche.

Je déconnecte.

Pas profondément. Il faut un peu de temps pour descendre, pour s’enfoncer dans les strates du subspace (état de conscience modifié, similaire à une forme de transe, vécu par une personne en position de soumission). Mais tout de même, c’est là que commence mon décrochage.

À tel point qu’il n’y a pas que mon esprit qui vacille.

Mon corps aussi.

Et très facilement.

Il m’est arrivé de manquer de tomber à plusieurs reprises tant je me laisse aller, alors que nous avons commencé depuis seulement quelques minutes. Cela fait sourire Hilldred qui doit impérativement rester sur ses gardes pour me rattraper au cas où.

“Même mon corps semble me rappeler à quel point ce voyage est réel.”

Une fois contrainte sur le haut du corps, il me fait descendre au sol, et là, le relâchement monte d’un cran. Je ne me soucie plus de mon corps, de bouger, de me tenir droite (ou debout), d’être dans l’action.

Non.

Rien.

Je ne me soucie de rien car je ne peux plus rien faire. La belle affaire.

Si vous imaginer entièrement contraint.e vous donne un sentiment d’angoisse, sachez que moi, c’est tout l’inverse : c’est une libération.

Hilldred est en pure impro sur cette séance. On avance au feeling, ensemble. Je retrouve ce sentiment d’évasion, je retrouve mes inévitables larmes, je retrouve ce soulagement qui est presque devenu familier. Quel bonheur !

Je découvre aussi le froid. En fin de séance, je tremble. Je sens le froid m’envahir alors que nous sommes en pleine canicule et qu’il fait pourtant relativement chaud à l’intérieur. C’est étonnant. Déroutant. Le corps redescend doucement de tout ce qu’il vient de vivre : la charge émotionnelle, les endorphines, le lâcher-prise. Comme si toute l’énergie utilisée pour partir loin devait ensuite être récupérée quelque part. Alors je tremble sous trente-cinq degrés. Et au fond, je trouve cela presque fascinant : même mon corps semble me rappeler à quel point ce voyage est réel.

“Je voulais aussi parler de quelque chose qui ne se voit pas sur les photos.”

La deuxième session de cordes est une semi-suspension par les hanches. L’intensité monte d’un cran. Ainsi que la douleur. Ainsi que le plaisir. Ainsi que la déconnexion. Imaginez ces trois choses prendre des proportions de dingue à l’intérieur de vous. Rien qu’à l’écrire, j’en ai des frissons.

Je voulais aussi parler de quelque chose qui ne se voit pas sur les photos. Avec Hilldred, nous partageons un regard assez similaire sur la pratique du Shibari et nous aimons la teinter d’une dynamique de domination/soumission. Pour moi, laisser quelqu’un m’attacher n’a rien d’anodin, on offre son corps, on se soumet aux choix de l’autre, à ce qu’il va décider de faire de nous. Le temps d’une séance, au moins.

Et cette intention posée dans la pratique me permet d’aller encore plus loin dans mon décrochage psychologique, dans mon lâcher-prise.

D’ailleurs, le chemin inverse en est d’autant plus compliqué. J’ai eu particulièrement du mal à revenir sur terre après nos sessions de Shibari de ce jour, qui était très denses en domination (avec l’intégration de sessions d’impact).

Mais c’était sans compter sur la patience et la douceur de l’aftercare avec Hilldred qui, bien souvent, me caresse les cheveux et attend simplement que je revienne avec une douceur inouïe.

En tout cas, le sujet de la soumission et du fait de léguer le contrôle me questionne beaucoup actuellement, et expérimenter cette posture par le biais du Shibari est extrêmement intéressant.

Souhaitant garder une part d’intimité, je n’entrerai pas dans les détails de ce que nous avons activé pour faire résonner ce lien D/s. Aussi, toujours dans ce souhait de garder pour moi certains aspects de nos séances, je ne m’épancherai pas ici sur la découverte de ma part masochiste, ni sur la découverte de certains objets d’impact comme le fouet.

Peut-être que ces expériences se retranscriront, d’une manière ou d’une autre, dans un récit ou dans un roman, car ce que je vis a toujours alimenté mes personnages.

La suite de ce journal, donc, je vais l’écrire pour mon Rigger, Hilldred.

Et ne m’en voulez pas.

Je vous en raconte déjà beaucoup.

Peut-être que ces expériences se retranscriront, d’une manière ou d’une autre, dans un récit ou dans un roman.”

J’hésite encore à publier la deuxième partie de mon texte pour les abonnés au cocon… Si ça vous intéresse dites-le en commentaire, si il y a du monde qui souhaite me lire, je le publierai peut-être…


La galerie photo non censurée de cette séance de shibari est disponible pour les membre du cocon de lecture.

Des clichés inédits par Hilldred Ropes

Léa Grosson

Léa Grosson, jeune écrivaine, se distingue par les récits envoûtants et immersifs qu'elle publie sur les réseaux sociaux et son blog. Avec son premier roman “Depuis cette nuit”, elle marque son entrée plus que prometteuse dans le paysage de la littérature érotique.

https://www.leagrosson.com
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